Compostage sur site easy to compost easy to change Recyclage des mégots
Ressource

Bokashi vs compostage aérobie : quelle méthode pour les biodéchets ?

Bokashi ou compostage aérobie : comparatif sur 13 critères, volumes réellement traitables, charge de travail calculée et obligations AGEC en entreprise.

Composteurs ABC en acier laqué, alignés dans plusieurs coloris à la sortie de l'atelier picard

Le bokashi et le compostage aérobie ne produisent pas la même chose. Le bokashi fermente les biodéchets sans oxygène et rend une matière acide qu'il faut encore enfouir ; le compostage aérobie les dégrade avec de l'oxygène et rend un compost mûr, directement épandable. Pour un site professionnel, le partage est net : le bokashi est une méthode de cuisine, calibrée pour quelques kilos par semaine. Au-delà de 50 kg de biodéchets par mois, c'est la logistique des seaux qui bloque, et le compostage aérobie sur site reprend la main.

À retenir

Bokashi : fermentation anaérobie en seau hermétique, 2 à 3 semaines, puis 2 à 6 semaines d'enfouissement dans la terre. Le produit sorti du seau est un pré-compost acide, pas du compost. Plafond réaliste : 20 à 50 kg par mois.

Compostage aérobie : dégradation avec oxygène, montée en température, 3 à 6 mois sans reprise manuelle du produit. Le résultat est un compost mûr et épandable. Un composteur ABC de 450 L absorbe jusqu'à 1 500 kg par an.

Le bokashi : fermenter, pas composter

Le bokashi (le mot japonais désigne une matière organique fermentée) a été mis au point dans les années 1980 par Teruo Higa, professeur d'horticulture à l'université des Ryukyu, à Okinawa. Le principe n'est pas la décomposition mais la conservation par fermentation, exactement comme une choucroute ou un kimchi.

Le mode opératoire tient en quelques gestes. On dépose les biodéchets par couches dans un seau hermétique équipé d'un robinet en partie basse. Chaque couche est saupoudrée d'un activateur EM (Effective Microorganisms) : du son de blé inoculé de bactéries lactiques, de levures et de bactéries phototrophes. On tasse pour chasser l'air, on referme, et on ne rouvre que pour ajouter. Tous les 2 à 3 jours, on tire le jus de fermentation par le robinet, sous peine de voir le seau tourner.

Au bout de 2 à 3 semaines, la matière est fermentée. Elle est aussi méconnaissable en odeur qu'inchangée en forme : une épluchure de pomme de terre sortie d'un seau bokashi est toujours une épluchure de pomme de terre, simplement acidifiée, avec un pH descendu autour de 3,5 à 4,5. Elle n'est pas utilisable en l'état : appliquée telle quelle au pied d'une plante, elle la brûle. Il faut l'enfouir dans une terre vivante, ou l'incorporer à un composteur, et attendre encore 2 à 6 semaines que les organismes du sol terminent le travail.

Deux conséquences en découlent, et elles pèsent lourd sur un site professionnel. D'abord, la fermentation se déroule à température ambiante : il n'y a aucune phase thermophile, donc aucune hygiénisation, et les graines d'adventices comme les germes pathogènes traversent le cycle. Ensuite, et c'est l'avantage réel du bokashi, l'absence d'oxygène permet d'accepter la viande, le poisson et les produits laitiers, qui sont précisément ce que l'on évite de mettre dans un composteur professionnel.

Le compostage aérobie : dégrader avec de l'oxygène

Le compostage aérobie ne demande aucun ferment acheté. Les bactéries responsables sont déjà présentes sur les biodéchets. Ce qu'il faut leur fournir, c'est de l'oxygène, un peu d'humidité et du carbone : les épluchures et les restes de repas sont riches en azote, et il faut les équilibrer avec une matière sèche carbonée (broyat, plaquettes de bois) pour tenir un rapport carbone sur azote de l'ordre de 25 à 30.

Quand cet équilibre est tenu, la matière chauffe. On passe d'une phase mésophile à une phase thermophile où le cœur du tas monte entre 50 et 70 °C, ce qui assainit la matière, puis la température redescend et la maturation s'installe. Il faut compter 3 à 6 mois avant d'obtenir un compost mûr, mais ces mois se passent sans manipulation du produit : la matière reste au même endroit du début à la fin. C'est la différence de fond avec le bokashi, où chaque lot doit être sorti, transporté et enfoui. Le détail des phases et des températures du cycle de compostage mérite une lecture à part.

Le facteur limitant est donc l'aération. Sur le composteur ABC, elle est assurée par une cheminée d’aération centrale et par un brassage mécanique actionné à la main : une manivelle, quelques tours, et la matière est retournée. L'appareil est en acier de 2 mm, il contient 450 L, il est conçu et fabriqué dans notre atelier picard. Il ne se branche pas : pas d'électricité, pas d'eau, pas d'évacuation, pas de génie civil. C'est ce qui le distingue des composteurs électromécaniques et déshydrateurs électrifiés, qui réduisent le volume en chauffant et en consommant du courant, sans produire de compost mûr.

Bioseau de collecte des biodéchets posé sur un plan de travail en salle de pause, avant transfert vers le composteur
Le geste de collecte est le même dans les deux méthodes : un bioseau en salle de pause. C'est ce qui se passe ensuite qui sépare le bokashi du compostage aérobie.

Le comparatif, critère par critère

Les deux méthodes sont souvent présentées comme interchangeables. Elles ne le sont sur aucun des critères qui comptent quand on équipe un site.

Bokashi et compostage aérobie : 13 points de comparaison
CritèreBokashiCompostage aérobie (composteur ABC)
Principe biologiqueFermentation lactiqueDégradation microbienne
OxygèneExclu, contenant hermétiqueIndispensable, cheminée d’aération et brassage
Activateur à acheterOui, son de blé inoculé EM, en continuNon, micro-organismes déjà présents
Température atteinteAmbiantePhase thermophile, 50 à 70 °C
HygiénisationNonOui, par la montée en température
pH du produit sortiAcide, environ 3,5 à 4,5Proche de la neutralité
Produit obtenuPré-compost fermenté, à enfouirCompost mûr, épandable
Délai jusqu'au produit utilisable2 à 3 semaines, puis 2 à 6 semaines d'enfouissement3 à 6 mois, sans reprise du produit
Viande, poisson, laitagesAcceptésÀ éviter
Capacité par unité8 à 10 kg par cycle et par seau de 16 LJusqu'à 1 500 kg par an
Gestes récurrentsRemplir, tasser, tirer le jus, transporter, enfouirApporter, ajouter la matière sèche, brasser
Emprise nécessaireLes seaux, plus une surface de terre pour enfouirUn sol stable de quelques mètres carrés, aucun raccordement
Preuve pour un contrôleAucune trace généréeReporting inclus dans l'abonnement

Volumes traitables et charge de travail réelle

La limite du bokashi n'est pas biologique, elle est logistique. Un seau standard de 16 L absorbe 8 à 10 kg de biodéchets par cycle. Comme chaque seau reste fermé 2 à 3 semaines, il faut plusieurs seaux en rotation pour absorber un flux continu, et chaque fin de cycle se solde par un transport et un enfouissement. Posons le calcul sur un cas courant, un siège tertiaire qui sert un petit-déjeuner : c'est le cas où le ratio ADEME du tertiaire passe de 0,015 à 0,025 kg par personne et par jour de présence.

Le calcul
  • Effectif du site 120 personnes
  • Jours de présence par an 220
  • Ratio ADEME tertiaire, petit-déjeuner servi 0,025 kg/pers./jour
  • Gisement annuel (120 × 220 × 0,025) 660 kg
  • Capacité d'un seau bokashi de 16 L 9 kg
  • Cycles de fermentation à mener (660 / 9) 74 par an
  • Seaux immobilisés en permanence (21 jours de fermentation) 5
  • Vidanges du jus (tous les 3 jours, soit 7 par cycle de 21 jours) environ 520 par an
  • Enfouissements en fin de cycle 74 par an

Gestes de manutention par anenviron 600

Six cents gestes par an, soit une dizaine par semaine, plus 5 seaux hermétiques mobilisés en continu dans un local, plus une terre disponible pour enfouir 74 lots. Un siège de centre-ville n'a ni le local ni la terre. Sur le même gisement de 660 kg, un seul composteur ABC suffit largement, puisqu'il absorbe jusqu'à 1 500 kg par an, et le geste quotidien se réduit à vider le bioseau et donner quelques tours de manivelle. Si vous ne connaissez pas encore votre volume, la méthode de calcul du gisement de biodéchets détaille les ratios secteur par secteur.

Les seuils à retenir de notre côté sont simples : jusqu'à 1 500 kg par an, un composteur ; entre 1 500 et 3 000 kg, on en ajoute un second ; au-delà de 3 000 kg par an, le compostage sur site n'est plus la bonne réponse et il faut basculer sur une collecte des biodéchets. Le dimensionnement du composteur se joue entièrement sur ces bornes.

Pour quel profil, quelle méthode

Le bokashi garde de vrais usages. Il est pertinent quand toutes les conditions suivantes sont réunies.

  • Le gisement reste sous 50 kg par mois, soit environ 600 kg par an.
  • Une personne identifiée accepte la routine : tirer le jus, refermer, transporter les seaux.
  • Un jardin, un potager ou un composteur d'appoint est accessible pour l'enfouissement.
  • Le flux contient de la viande, du poisson ou des laitages qu'aucune autre voie n'accepte.
  • L'odeur aigre-douce de la fermentation ne gêne personne dans le local de stockage.

Dans les faits, cela décrit un appartement, une cuisine de chef qui veut valoriser quelques épluchures ciblées, ou un bureau de 10 à 20 personnes sans extérieur. Dès qu'on passe à un plateau de 50 collaborateurs, à un restaurant, à un hôtel, à un EHPAD ou à une surface de vente, le compte de manipulations rend la méthode ingérable : c'est aussi pour cela qu'elle n'apparaît jamais dans les dispositifs déployés en bureaux et tertiaire ou en hôtellerie et restauration.

Sur ces profils, le compostage aérobie sur site se décline en deux formats. Le composteur seul est facturé 79 € HT par mois et comprend le composteur livré, la matière sèche, la maintenance, la sensibilisation des équipes ; le reporting vient avec l’option collecte. La collecte reste une option, à 10 € HT par mois et par passage annuel, par composteur, de 1 à 12 collectes par an : c'est ce qui permet d'évacuer le compost mûr quand le site n'a pas d'espace vert pour l'absorber. Il n'y a pas d'achat, uniquement la location, sur un engagement de 48 mois. Pour les sites qui disposent au contraire d'un extérieur à végétaliser, le jardin composteur, une jardinière circulaire de 2 000 L, est proposé à 129 € HT par mois. Le détail du service figure sur la page qui explique comment ça marche.

Ce que cela donne sur une facture, pour un site sans espace vert qui doit donc faire évacuer son compost mûr. Le nombre de passages ne se choisit pas : il découle du gisement, selon la grille appliquée par le devis en ligne.

Le calcul
  • Gisement capté retenu 750 kg/an
  • Capacité d'un composteur ABC 1 500 kg/an
  • Nombre de composteurs (750 < 1 500) 1
  • Passages de collecte donnés par la grille 4 par an
  • Loyer du composteur, tout compris 79 € HT/mois
  • Collecte (4 passages × 10 €) 40 € HT/mois

Mensualité119 € HT

Sur un gisement de cet ordre, la voie bokashi ne coûte presque rien en matériel mais consomme du temps de personnel et suppose une terre disponible pour enfouir chaque lot. C'est là que se joue vraiment l'arbitrage : pas sur le prix d'un seau, mais sur le nombre d'heures que quelqu'un devra y consacrer chaque semaine, et sur ce qu'il restera comme preuve écrite en cas de contrôle.

Deux autres méthodes reviennent souvent dans la même comparaison : le vermicompostage en entreprise, qui partage avec le bokashi la contrainte des petits volumes, et la méthanisation face au compostage sur site, qui devient pertinente exactement là où le compostage sur site s'arrête.

Ce que la loi AGEC change dans ce choix

Le choix d'une méthode n'est plus seulement technique. Depuis le 1er janvier 2024, l'article L. 541-21-1 du Code de l'environnement impose le tri à la source des biodéchets à tous les producteurs, sans aucun seuil de tonnage : un bureau de 12 personnes est concerné au même titre qu'une plateforme logistique. La notion même de biodéchet est définie à l'article L. 541-1-1. Cette obligation est issue de la loi 2020-105 du 10 février 2020, dite loi AGEC, dont notre guide de la loi AGEC reprend le détail.

Les sanctions existent et sont documentées : une contravention de 4e classe de 750 € pour une personne physique, portés à 3 750 € pour une entreprise (article 131-41 du code pénal), au titre de l'article R. 541-78 ; une amende administrative pouvant atteindre 150 000 € au titre de l'article L. 541-3, qui relève de la police du maire, et jusqu'à 150 000 € d'amende et 4 ans d'emprisonnement au pénal au titre de l'article L. 541-46, dont les peines ont été portées à ce niveau par la loi 2024-364. Le panorama des sanctions applicables aux entreprises détaille les cas de figure.

Ce point de droit tranche indirectement entre les deux méthodes. Le bokashi domestique ne génère aucun document : pas de bon de collecte, pas de pesée, pas de registre. Or, lors d'un contrôle, ce qui est demandé est une preuve, pas une intention. C'est tout l'objet de la traçabilité des biodéchets et des justificatifs à conserver. Un dispositif de compostage sur site suivi par un prestataire produit ces éléments par construction, via le reporting compris dans l'abonnement.

Une nuance utile pour lever une crainte fréquente : composter sur site ne fait pas basculer un établissement dans le régime des installations classées. La rubrique ICPE 2780 ne se déclenche qu'à partir de 2 tonnes de matière traitée par jour, un seuil hors d'atteinte pour un site tertiaire, un hôtel ou un magasin.

Questions fréquentes

Le bokashi produit-il du compost ?

Non. Il produit un pré-compost fermenté, acide, dont les déchets ont conservé leur forme. Il doit être enfoui dans la terre ou incorporé à un composteur pendant 2 à 6 semaines supplémentaires avant de devenir un amendement utilisable. Le compostage aérobie, lui, rend un compost mûr directement utilisable, que l'entreprise peut ensuite valoriser sur place ou en local.

Le bokashi sent-il mauvais ?

Il ne sent pas la pourriture, mais il sent. La fermentation lactique dégage une odeur aigre-douce, vinaigrée, très marquée à l'ouverture du seau et au moment de tirer le jus. Cette odeur est incompatible avec un local partagé, une salle de pause ou une zone accessible au public. Un composteur aérobie bien conduit ne dégage pas d'odeur : les causes de dérive et les parades sont détaillées dans notre article sur le compostage en entreprise sans odeur ni nuisible.

Peut-on mettre de la viande et du poisson dans un bokashi ?

Oui, et c'est son principal avantage technique. L'absence d'oxygène empêche les putréfactions habituelles. Attention toutefois : sans montée en température, il n'y a pas d'hygiénisation, et la matière enfouie reste à surveiller.

Le bokashi suffit-il pour être conforme à la loi AGEC ?

Le tri à la source des biodéchets est obligatoire pour tous les producteurs depuis le 1er janvier 2024 (article L. 541-21-1 du Code de l'environnement), sans seuil de tonnage. Le bokashi est bien une forme de tri suivie d'une valorisation. La difficulté est ailleurs : il ne laisse aucune trace écrite exploitable lors d'un contrôle, et sa capacité couvre rarement le gisement réel d'un site professionnel.

Combien de seaux faut-il pour un bureau de 50 personnes ?

Avec le ratio ADEME de 0,025 kg par personne et par jour de présence, celui d'un bureau qui sert un petit-déjeuner, et 220 jours ouvrés, un bureau de 50 personnes produit environ 275 kg par an, soit 23 kg par mois. À 9 kg par seau, cela représente environ 31 cycles par an, donc un cycle tous les 12 jours pour 21 jours de fermentation : 2 à 3 seaux en rotation permanente, plus l'enfouissement de chaque lot. On reste dans la plage où le bokashi tient, à condition d'avoir le local pour les seaux et la terre pour enfouir 31 lots par an.

Par où commencer

La question n'est pas de savoir laquelle des deux méthodes est la meilleure dans l'absolu, mais laquelle absorbe votre gisement sans mobiliser une personne à plein temps. Le point de départ est donc toujours le même : estimez votre volume annuel, comparez-le aux bornes de 1 500 et 3 000 kg par an, et vous saurez immédiatement si vous êtes dans le domaine du seau, du composteur sur site ou de la collecte.

Notre devis en ligne fait ce chemin en quelques minutes : vous renseignez votre secteur et vos effectifs, il estime le gisement, propose le dimensionnement correspondant et affiche le tarif. Nous équipons aujourd'hui plus de 500 sites en France métropolitaine hors Corse, organisés en 12 régions, chacune avec son interlocuteur ; la carte de nos implantations indique qui suit votre secteur.

Un audit gratuit, un devis sous 24 h

Trente minutes en visio pour vérifier votre conformité AGEC, dimensionner la solution et estimer vos économies.