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Traçabilité biodéchets : bordereaux, justificatifs et conformité audit

Quatre pièces suffisent pour prouver sa conformité AGEC : le contrat, le registre chronologique, les justificatifs datés et la trace de la sensibilisation. Voici ce que chacune doit contenir, et combien de temps la garder.

Deux affiches de sensibilisation au compostage posées au mur d'une salle de pause : la trace de cette sensibilisation fait partie des pièces à conserver au dossier.

Traçabilité des biodéchets : les quatre pièces à conserver

Quatre documents suffisent, et ils tiennent dans un classeur : la preuve du dispositif (contrat, convention ou description de l'installation de compostage), le registre chronologique des déchets, un justificatif daté pour chaque enlèvement ou chaque sortie de compost, et la trace de la formation des équipes au tri. Aucun bordereau de suivi de déchets n'est exigible pour des biodéchets non dangereux, contrairement à ce que laissent croire beaucoup d'offres commerciales. Et la charge de la preuve pèse sur le producteur, pas sur son prestataire : c'est votre site qui doit pouvoir sortir ces pièces le jour du contrôle, même quand c'est un tiers qui les a établies.

À retenir

Il n'existe pas de formulaire officiel de traçabilité des biodéchets. Ce qu'un inspecteur vérifie, c'est la cohérence entre trois chiffres : ce que votre site produit, ce que vos justificatifs enregistrent, et ce que votre filière déclare avoir reçu. Un registre impeccable sans aucun justificatif d'enlèvement ne vaut rien, et l'inverse non plus.

L'obligation de tri à la source s'applique à tous les producteurs de biodéchets depuis le 1er janvier 2024, sans seuil de tonnage, au titre de l'article L. 541-21-1 du Code de l'environnement issu de la loi n° 2020-105 du 10 février 2020, dite loi AGEC ; le biodéchet est défini à l'article L. 541-1-1. Mais ce texte impose de trier et de valoriser, il ne décrit pas les pièces à produire : celles-ci viennent du régime général des déchets, et c'est cette articulation qui déroute la plupart des sites. Pour le périmètre de l'obligation elle-même, voir notre article sur ce que la loi impose en matière de tri des biodéchets et le guide de la loi AGEC.

Les quatre pièces d'un dossier de traçabilité biodéchets, leur fondement et la durée pendant laquelle les conserver.
La pièceCe qu'elle prouveQui l'établitCombien de temps la garder
Contrat, convention ou fiche descriptive du dispositifQu'une filière de tri existe et qu'elle est organisée, pas improviséeVous et votre prestataireAucune durée imposée : la durée du contrat, puis 5 ans
Registre chronologique des déchetsLa nature, les quantités et la destination, période par périodeVous, même si un tiers vous fournit les données3 ans au minimum (art. R. 541-43), 5 ans conseillés
Justificatif d'enlèvement ou de sortie de compostQu'à telle date, tel poids est parti vers telle valorisationLe collecteur, ou vous-même en autonomieAligné sur le registre : 3 ans au minimum, 5 ans conseillés
Trace de la sensibilisation des équipesQue le tri est organisé au poste de travail, pas seulement sur le papierVous, ou votre prestataireAucune durée imposée : 5 ans, avec une mise à jour annuelle

Le registre chronologique des déchets

C'est la pièce maîtresse, et la plus souvent absente. Le registre chronologique est prévu à l'article R. 541-43 du Code de l'environnement ; son contenu est fixé par l'arrêté du 31 mai 2021, applicable depuis le 1er janvier 2022. Il concerne tout établissement qui produit ou expédie des déchets, ce qui inclut un siège social de 40 personnes avec un coin café comme une cuisine centrale.

Pour chaque mouvement, six informations sont attendues : la date, la nature du déchet et son code de nomenclature, la quantité (en kilogrammes ou en tonnes), le mode de traitement prévu, l'identité de l'éventuel transporteur, et le nom et l'adresse de l'installation qui reçoit la matière. L'inscription doit intervenir rapidement après l'expédition, dans le mois qui suit : un registre reconstitué en une soirée la veille d'un audit se repère, parce que les dates sont trop régulières et les poids trop ronds.

Aucun format n'est imposé : un tableur partagé suffit, à condition qu'une personne en soit nommément responsable. Le point qui bloque le plus souvent reste le code déchet, tiré de la nomenclature annexée à l'article R. 541-8 du Code de l'environnement.

Les codes de nomenclature les plus utilisés pour les biodéchets d'entreprise.
CodeLibelléCas typique
20 01 08Déchets de cuisine et de cantine biodégradablesRestaurant d'entreprise, cantine scolaire, hôtel, EHPAD
20 02 01Déchets biodégradables de jardins et de parcsTonte, feuilles et tailles d'un site tertiaire ou d'une commune
02 03 04Matières impropres à la consommation ou à la transformationÉcarts de production d'un site agroalimentaire
20 01 25Huiles et graisses alimentairesFilière séparée, avec son propre seuil : jamais au composteur

Le bordereau de suivi ne s'applique pas à vos biodéchets

Le bordereau de suivi de déchets, le fameux BSD de l'article R. 541-45 du Code de l'environnement, est aujourd'hui dématérialisé dans la plateforme Trackdéchets. Il vise les déchets dangereux et quelques flux particuliers. Les restes de repas d'une cantine, le marc de café d'un plateau de bureaux ou les invendus d'une boulangerie ne sont pas des déchets dangereux : aucun BSD n'est exigible, et personne ne vous en réclamera un.

Si un prestataire vous vend un « BSD biodéchets » comme une obligation réglementaire, l'argument est faux. Le document qu'il émet reste pourtant précieux, non comme obligation mais comme preuve contractuelle : c'est lui qui alimente votre registre. Exigez-y cinq mentions : la date du passage, l'identification de votre site, le poids réellement enlevé, la destination de valorisation avec son adresse et l'identité du collecteur. Sans le poids ou sans la destination, la pièce ne sert à rien en contrôle.

Justificatif d'enlèvement et attestation de valorisation

Ce sont deux documents différents, et les confondre coûte cher en audit. Le justificatif d'enlèvement dit que la matière est sortie de chez vous. L'attestation de valorisation dit ce qu'elle est devenue. Or l'article L. 541-21-1 n'impose pas seulement de trier : il impose de valoriser. Prouver la sortie sans prouver la destination laisse la moitié de l'obligation sans preuve.

Une attestation de valorisation exploitable mentionne le tonnage sur la période, le nom et l'adresse de l'installation qui a reçu la matière, la nature de la valorisation (compostage, retour au sol, méthanisation) et, de plus en plus souvent demandée par les directions RSE, la distance parcourue. Cette dernière information n'a rien d'anecdotique : c'est elle qui distingue une valorisation réellement locale d'un transport de 200 kilomètres vers un méthaniseur, sujet que nous traitons dans notre article sur la valorisation locale des biodéchets.

Dans notre formule avec collecte, la matière est pesée au moment de l'enlèvement : vous recevez un justificatif daté et pesé à chaque passage, puis le suivi annuel de vos volumes. Le compost part chez un agriculteur partenaire à moins de 50 kilomètres, ce qui rend la mention de distance simple à produire. Le détail du déroulé, de la livraison au reporting, est décrit sur la page comment ça marche, et la couverture géographique du service figure sur la page nos implantations.

Prouver sa conformité quand rien ne sort du site

C'est la situation la plus fréquente chez les sites qui compostent en autonomie : aucun tiers n'intervient, donc aucun tiers ne produit de justificatif. La preuve devient entièrement interne, et elle se construit dès le premier apport plutôt qu'elle ne se reconstitue deux ans plus tard.

Trois registres simples suffisent. Un suivi des apports : nombre de bioseaux versés par semaine, avec le poids moyen d'un seau rempli, mesuré une fois pour toutes. Un suivi des sorties de compost : date, volume approximatif, usage réel (massifs du site, potager partagé, don à un jardin voisin, reprise par un espace vert). Et un dossier de preuves matérielles : photos datées du dispositif, factures de matière sèche, émargements de sensibilisation. C'est exactement ce que couvre notre offre composteur seul, où la sortie du compost reste à votre main : le matériel et la sensibilisation sont fournis, la tenue du registre reste chez vous.

Ce que vous détenez comme preuve selon la configuration retenue.
La preuveComposteur seul, sans collecteComposteur avec collecteCollecte seule, sans composteur
Preuve du dispositifContrat de location du composteurContrat de location et de collecteContrat de prestation
QuantitésEstimation écrite ou pesée par vos soinsPesée à chaque enlèvementPesée ou volume au bac
Justificatif par sortieÀ produire vous-mêmeÉmis par le collecteur, daté et peséÉmis par le prestataire
Destination finaleVotre site : l'usage du compost est à documenterAgriculteur partenaire, nommé sur le justificatifPlateforme de compostage ou méthaniseur
Charge de tenue du registreEntièrement chez vousAlimentée par le reporting annuelAlimentée par les bons et les factures

Combien de temps garder ces documents

Une seule durée est réglementaire : le registre chronologique se conserve au moins 3 ans au titre de l'article R. 541-43 du Code de l'environnement, et doit pouvoir être présenté immédiatement lors d'une visite. Pour les trois autres pièces, aucun texte ne fixe de durée. La règle que nous appliquons à nos propres justificatifs porte l'ensemble du dossier à 5 ans : deux années de marge sur le minimum légal, de quoi englober un cycle de certification ISO 14001, qui dure 3 ans, et satisfaire le besoin de comparabilité pluriannuelle des rapports de durabilité. Retenez donc 3 ans comme plancher opposable, et 5 ans comme réflexe de classement.

L'archivage numérique est admis, à condition que la copie soit fidèle et durable. Le vrai risque n'est pas le format mais le classement : un dossier par année puis par site, avec des fichiers nommés date, site et poids, se relit en deux minutes ; une boîte mail où dorment 200 accusés de réception ne se relit jamais. Sur ce que vous risquez si le dossier est vide, notre article sur les sanctions prévues par la loi AGEC détaille les trois régimes applicables.

Chiffrer les quantités quand vous ne pesez pas

Le registre réclame une quantité. Beaucoup de sites n'ont pas de balance et laissent la cheminée d’aération vide, ce qui est la pire option : ce n'est pas le chiffre qui sera contesté, c'est l'absence de méthode. Posez vos hypothèses noir sur blanc et gardez-les d'une année sur l'autre.

Voici la méthode appliquée à un restaurant d'entreprise de 100 couverts par jour, ouvert 220 jours par an, avec un ratio de 130 grammes de biodéchets par repas servi. Ce ratio n'est pas choisi au hasard : il se situe entre les 100 grammes que nous retenons pour une brasserie et les 150 grammes d'un restaurant gastronomique, les deux repères encadrant la restauration assise dans nos ratios par type d'établissement. Remplacez les trois hypothèses par les vôtres, le raisonnement ne change pas.

Le calcul
  • Repas servis dans l'année (100 × 220) 22 000
  • Ratio retenu, par repas servi 0,130 kg
  • Gisement annuel de biodéchets 2 860 kg
  • Gisement moyen par jour ouvré 13 kg
  • Seuil de déclaration ICPE, rubrique 2780 2 000 kg/jour

Position vis-à-vis du seuil ICPE154 fois en dessous

Ce calcul règle au passage une inquiétude récurrente. La rubrique 2780 de la nomenclature des installations classées fixe son seuil de déclaration à 2 tonnes par jour de matière traitée. Un composteur de site, qui absorbe jusqu'à 1 500 kg sur une année entière, se situe très loin de ce seuil : la question de la déclaration ne se pose pas, sauf si votre site est déjà classé pour une autre activité, auquel cas la DREAL est l'interlocuteur à solliciter. Notre article sur les contrôles ICPE et les biodéchets détaille ce que vérifient les inspecteurs, et celui sur le calcul du gisement de biodéchets donne les ratios par secteur d'activité.

Le résultat sert aussi à dimensionner. Avec 2 860 kg par an, ce site sort du périmètre d'un composteur unique et en demande deux, chacun absorbant jusqu'à 1 500 kg par an. Au-delà de 3 000 kg annuels, le compostage sur site cesse d'être la bonne réponse et la collecte vers une filière extérieure reprend la main. Notre devis en ligne refait ce calcul à partir de votre secteur et de vos effectifs, et affiche directement le matériel correspondant.

La checklist du classeur de contrôle

À imprimer et à cocher une fois par trimestre. Un dossier complet se prépare en une heure quand il est tenu, en deux jours quand il ne l'est pas.

  • Le contrat ou la convention décrivant le dispositif de tri, signé et à jour.
  • Le registre chronologique, renseigné avec le code déchet, les quantités et la destination.
  • La note d'une page qui explicite votre méthode d'estimation des quantités, si vous ne pesez pas.
  • Les justificatifs d'enlèvement, datés, avec le poids et la destination, classés par année.
  • L'attestation ou le reporting annuel de valorisation, avec le nom de l'installation réceptrice.
  • Le plan de tri du site : où sont les points de collecte, qui vide quoi et à quelle fréquence.
  • Les supports de sensibilisation affichés et l'émargement de la dernière formation des équipes.
  • Pour le compostage en autonomie, le suivi des sorties de compost et de leur usage réel.
  • Le nom de la personne responsable du dossier, et celui de son remplaçant.

Du justificatif AGEC au reporting extra-financier

Les mêmes données servent deux fois : les tonnages, les destinations et les distances qui prouvent votre conformité AGEC alimentent le volet déchets et économie circulaire des rapports de durabilité. La différence tient au niveau d'exigence, une donnée datée et sourcée suffisant à l'inspecteur quand un rapport soumis à vérification la veut aussi consolidée et comparable d'un exercice à l'autre.

Exemple de reporting annuel Easy to Compost : kilos de biodéchets compostés, nombre de collectes dans l'année, tonnes de CO₂ évitées et l'historique du volume composté année après année.
Un reporting annuel type, ici pour un siège équipé de plusieurs composteurs : les kilos compostés et la destination de la matière répondent au contrôle AGEC, le CO₂ évité alimente le rapport RSE.

Deux points méritent d'être anticipés. D'abord la granularité : un groupe multi-sites a besoin de la donnée site par site, pas d'un total consolidé qu'il ne saura pas ventiler. Ensuite la continuité : changer de prestataire en cours d'exercice crée un trou dans la série, et c'est à vous de récupérer les justificatifs de la période précédente avant la fin du contrat. Notre guide sur le reporting biodéchets au titre de l'ESRS E5 détaille les indicateurs attendus, et l'étude de cas Decathlon montre comment un réseau national organise une remontée homogène.

Questions fréquentes

Faut-il un bordereau de suivi de déchets pour les biodéchets ?

Non. Le BSD de l'article R. 541-45 du Code de l'environnement, dématérialisé dans Trackdéchets, vise les déchets dangereux. Les biodéchets d'une cantine, d'un hôtel ou d'un plateau de bureaux ne le sont pas. Ce qui est attendu, c'est un bon d'enlèvement daté portant le poids et la destination, plus le registre chronologique.

Combien de temps faut-il conserver les justificatifs de biodéchets ?

Le registre chronologique se conserve au moins 3 ans, au titre de l'article R. 541-43 du Code de l'environnement. Aucune durée n'est fixée pour les autres pièces. En pratique, gardez l'ensemble du dossier 5 ans : la marge couvre le cycle de certification ISO 14001 et la comparabilité pluriannuelle des rapports de durabilité.

Que faut-il prouver quand on composte sur place, sans collecte ?

La preuve devient interne : le contrat ou la fiche descriptive du composteur, un suivi des apports avec la méthode d'estimation retenue, un suivi des sorties de compost et de leur usage réel, et l'émargement de la sensibilisation des équipes. Des photos datées du dispositif complètent utilement le dossier.

Comment renseigner les quantités sans balance ?

Par une estimation écrite et reproductible : nombre de bioseaux vidés, poids moyen d'un seau mesuré une fois, ou nombre de repas multiplié par un ratio par couvert. L'important est de conserver la méthode et ses hypothèses, et de ne pas en changer d'une année sur l'autre sans le signaler.

Un composteur d'entreprise doit-il être déclaré en installation classée ?

La rubrique 2780 fixe son seuil de déclaration à 2 tonnes par jour de matière traitée. Un composteur de site qui absorbe jusqu'à 1 500 kg sur une année entière se situe très en dessous. En cas de doute, notamment si le site est déjà classé pour une autre activité, la DREAL est l'interlocuteur à solliciter.

Qui est responsable en cas de dossier incomplet, le site ou le prestataire ?

Le producteur du déchet. Vous pouvez déléguer la production des pièces, jamais la responsabilité de les détenir. C'est pourquoi il faut réclamer les justificatifs manquants au fil de l'eau, et non les demander après coup à un prestataire dont le contrat est terminé.

Ce que vous pouvez faire cette semaine

Trois gestes, dans cet ordre. Ouvrez un tableur de registre aujourd'hui, même vide, et désignez la personne qui le tient : c'est la pièce qui manque le plus souvent aux dossiers que nous reprenons, et elle ne coûte rien. Écrivez ensuite votre méthode d'estimation sur une page, hypothèses comprises, et datez-la. Réclamez enfin à votre prestataire les justificatifs des douze derniers mois.

Si votre dispositif reste à construire, le chiffre par lequel tout commence est votre gisement annuel : c'est lui qui décide de la voie, du matériel et de la nature des justificatifs que vous détiendrez. Notre devis en ligne le calcule à partir de votre secteur et de vos effectifs, puis affiche la solution correspondante et son prix, sans inscription. Pour les cas particuliers, cuisine centrale, multi-sites ou site déjà classé, la FAQ traite les questions les plus techniques, et les repères propres à chaque activité figurent sur les pages hôtellerie et restauration et bureaux et tertiaire.

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