Obligation de tri des biodéchets : ce que la loi impose
Depuis le 1er janvier 2024, le tri à la source s’impose à tous les producteurs de biodéchets, sans seuil de tonnage. Les textes, les deux voies légales, les sanctions réelles et les preuves à conserver.

Qu'impose exactement la loi sur le tri des biodéchets
Depuis le 1er janvier 2024, tout producteur ou détenteur de biodéchets doit les trier à la source et les faire valoriser. Aucun seuil de tonnage ne conditionne plus cette obligation : elle s'applique à un siège social de 30 personnes comme à une usine agroalimentaire. Le fondement est l'article L. 541-21-1 du Code de l'environnement, dans sa rédaction issue de l'article 88 de la loi n° 2020-105 du 10 février 2020, dite loi AGEC. Deux voies légales permettent de s'y conformer, et deux seulement : valoriser les biodéchets sur place, ou les confier à une collecte séparée. La suite de cette page détaille les textes, le calcul du gisement, les sanctions réellement encourues et les justificatifs à présenter en cas de contrôle.
Plus aucun seuil de tonnage depuis le 1er janvier 2024. Ce qui est sanctionné, ce n'est pas l'absence de composteur, c'est le mélange des biodéchets avec les ordures résiduelles. Et c'est au producteur, pas à son prestataire, de prouver ce que deviennent ses biodéchets.
« Producteur de biodéchets » ne désigne pas une catégorie juridique d'entreprise mais une situation de fait : dès qu'une activité génère des restes alimentaires ou des déchets verts, elle est concernée. Bureaux avec un coin café, restaurants, boulangeries, supermarchés, hôtels, EHPAD, établissements scolaires, sites industriels, collectivités : la seule question utile devient « combien produisons-nous, et par quelle voie ». Si vous cherchez le détail activité par activité, notre article sur les entreprises et ERP concernés par le tri des biodéchets reprend chaque cas, et le guide de la loi AGEC replace l'obligation dans l'ensemble du texte de 2020.
Ce que la loi appelle un biodéchet
La définition est donnée à l'article L. 541-1-1 du Code de l'environnement (et non à l'article R. 541-8, encore souvent cité alors qu'il ne porte plus cette définition). Elle couvre les déchets non dangereux biodégradables de jardin ou de parc, les déchets alimentaires et de cuisine des ménages, des bureaux, des restaurants, du commerce de gros, des cantines, des traiteurs et des magasins de détail, ainsi que les déchets comparables produits par les usines de transformation alimentaire.
En pratique, entrent dans le périmètre les épluchures, les restes de repas, le marc de café et ses filtres, le pain, les fruits abîmés, l'essuie-tout non traité, les fleurs fanées, la tonte et les feuilles mortes. Trois familles demandent une attention particulière :
- Les emballages dits compostables certifiés EN 13432 : la norme vise le compostage industriel, à température élevée. Dans un composteur de site, ils se dégradent mal ou pas du tout. Notre article sur ce qui entre dans un composteur professionnel détaille les cas litigieux, et la liste alphabétique du compostage tranche déchet par déchet.
- Les huiles alimentaires usagées : elles relèvent d'une filière de collecte distincte, avec ses propres obligations et son propre prestataire. Elles ne vont jamais au compost, où elles asphyxient la matière.
- Les sous-produits animaux (viande, poisson, produits laitiers) : règles sanitaires spécifiques, et refus systématique en compostage de site pour des raisons d'odeur et de nuisibles.
Depuis quand : la disparition des seuils de tonnage
L'obligation n'est pas née en 2024. Elle existe depuis 2012 et s'est élargie par paliers successifs, d'abord fixés par l'arrêté du 12 juillet 2011, puis supprimés par l'article 88 de la loi AGEC. Le tableau ci-dessous résume la trajectoire, utile à connaître parce qu'elle explique pourquoi tant de sites se croient encore hors champ.
| Depuis le | Seuil de production annuelle | Texte |
|---|---|---|
| 1er janvier 2012 | 120 tonnes par an | Arrêté du 12 juillet 2011 |
| 1er janvier 2013 | 80 tonnes par an | Arrêté du 12 juillet 2011 |
| 1er janvier 2014 | 40 tonnes par an | Arrêté du 12 juillet 2011 |
| 1er janvier 2015 | 20 tonnes par an | Arrêté du 12 juillet 2011 |
| 1er janvier 2016 | 10 tonnes par an | Arrêté du 12 juillet 2011 |
| 1er janvier 2023 | 5 tonnes par an | Loi AGEC, article 88 |
| 1er janvier 2024 | Aucun seuil | Loi AGEC, article 88, codifié à L. 541-21-1 |
La rédaction légale dit « au plus tard le 31 décembre 2023 », ce qui revient au 1er janvier 2024. Il n'y a eu ni report, ni période de tolérance générale, ni régime dérogatoire pour les petites structures. Un site tertiaire qui produit 1,2 tonne de biodéchets par an n'a franchi aucun de ces paliers, pas même celui de 5 tonnes applicable en 2023 : il restait hors champ jusqu'au 31 décembre 2023, et il est pleinement concerné depuis le 1er janvier 2024. C'est ce basculement qui a fait entrer dans le champ du texte la quasi-totalité des sites tertiaires, jusque-là très en dessous des seuils, en une seule date.
Les deux seules façons de se mettre en règle
L'article L. 541-21-1 impose un résultat, pas une technique : les biodéchets doivent être triés à la source puis valorisés, sans jamais rejoindre les ordures résiduelles ni l'enfouissement. Concrètement, deux dispositifs répondent à cette exigence, et ils peuvent se combiner.
| Voie | Ce qu'elle suppose | Pertinente quand | Sa limite |
|---|---|---|---|
| Valorisation sur place (compostage de site) | Une surface extérieure stabilisée, un référent interne, un apport régulier de matière sèche | Gisement inférieur à 3 000 kg par an, foncier disponible, volonté d'embarquer les équipes | Au-delà de 3 000 kg par an, ce n'est plus la bonne réponse |
| Collecte séparée | Des bacs dédiés, un prestataire, une fréquence de passage contractualisée, des bons d'enlèvement | Gros gisement, cuisine centrale, absence totale de foncier extérieur | Coût proportionnel aux passages, kilomètres de transport, dépendance à la tournée |
| Mixte | Compostage de site pour le flux courant, collecte basse fréquence pour le compost mûr ou le surplus | Sites multiples, gisement irrégulier, saisonnalité | Suppose de piloter deux flux et deux jeux de justificatifs |
Le choix entre les deux se joue surtout sur le gisement et sur le foncier. Notre comparatif entre la méthanisation et le compostage sur site pose les critères de décision, et les pages composteurs et collecte des biodéchets décrivent ce que recouvre chaque dispositif dans notre offre.

Une précision qui revient dans presque tous nos audits : le service public de collecte n'est pas un droit acquis pour un professionnel. Certaines collectivités acceptent les biodéchets des entreprises au titre des déchets assimilés, dans les limites qu'elles fixent et le plus souvent contre une redevance spéciale. Vérifiez le règlement de collecte de votre intercommunalité avant de compter dessus, et gardez la trace écrite de l'accord : sans elle, vous n'avez pas de justificatif.
Calculer son gisement avant de choisir
Impossible d'arbitrer entre compostage et collecte sans un chiffre. L'ADEME publie des ratios par secteur qui donnent une estimation suffisamment fiable pour dimensionner. Voici le calcul posé pour un siège social, avec toutes ses hypothèses.
- Collaborateurs présents sur le site 250
- Jours de présence moyens par an 220
- Ratio ADEME bureaux, par personne et par jour 0,015 kg
- Gisement de base, sans coin café (250 × 220 × 0,015) 825 kg
- Ratio ADEME bureaux avec petit déjeuner, retenu ici pour le coin café 0,025 kg
Gisement annuel estimé (250 × 220 × 0,025)1 375 kg
Les autres ratios usuels : 0,075 kg par repas en cantine d'entreprise, 0,050 kg par repas en restauration rapide, 0,100 kg en brasserie, 0,150 kg en gastronomie, 0,140 kg par lit et par jour en établissement de santé, 0,025 kg par petit déjeuner en hôtellerie. La méthode complète de calcul du gisement détaille chaque formule, et l'article sur le dimensionnement explique comment traduire ces kilos en volume de matériel.
Les seuils opérationnels sont simples. Un composteur ABC absorbe jusqu'à 1 500 kg par an. Entre 1 500 et 3 000 kg, on installe un second composteur. Au-delà de 3 000 kg par an, le compostage sur site n'est plus la bonne réponse et il faut basculer sur une filière de collecte dimensionnée. Les 1 375 kg de l'exemple ci-dessus tiennent donc dans un seul composteur.
Ce que vous risquez vraiment
Beaucoup de contenus font circuler des barèmes à paliers, ou des montants qui ne correspondent à aucun article en vigueur. Trois régimes seulement existent dans les textes, et ils ne se déclenchent pas au même niveau de gravité. Avant de reprendre un chiffre lu ailleurs, vérifiez qu'il est rattaché à un article du Code de l'environnement : c'est le test le plus rapide pour écarter les barèmes inventés.
| Sanction | Montant | Fondement | Qui la prononce |
|---|---|---|---|
| Contravention de 4e classe | 750 € pour une personne physique, 3 750 € pour une entreprise | Article R. 541-78 du Code de l'environnement | Agent verbalisateur habilité |
| Amende administrative | Jusqu'à 150 000 € | Article L. 541-3 | Le maire ou le président de l'EPCI (le préfet pour les installations classées) |
| Sanction pénale | 150 000 € et 4 ans d'emprisonnement | Article L. 541-46, peines portées à ce niveau par la loi n° 2024-364 du 22 avril 2024 | Tribunal correctionnel |
Dans les faits, la contravention et la mise en demeure du maire arrivent bien avant le pénal, réservé aux abandons et aux gestions irrégulières caractérisées. Notre article dédié aux sanctions de la loi AGEC pour les professionnels décrit le déroulé d'une procédure, de la mise en demeure à l'astreinte.
Autre confusion fréquente : la rubrique 2780 de la nomenclature des installations classées. Son seuil de déclaration s'exprime en tonnes par jour (2 tonnes par jour), pas en tonnes par an. Un composteur d'entreprise qui traite 1 500 kg sur une année entière en est très loin et ne relève d'aucun régime ICPE à ce titre. Si votre site est déjà classé pour une autre activité, lisez ce que les inspecteurs vérifient réellement lors d'un contrôle ICPE.
Prouver que vous triez
L'obligation de tri s'accompagne d'une obligation de preuve. En contrôle, ce n'est pas votre bonne foi qui est examinée mais votre dossier. Les pièces attendues sont peu nombreuses et faciles à rassembler, à condition de s'en occuper avant et non après.
- Le contrat de prestation, ou la convention avec la collectivité, décrivant le dispositif de tri et sa fréquence.
- Les bons d'enlèvement ou attestations de valorisation, datés, avec les quantités.
- Le registre chronologique des déchets, tenu à jour et conservé.
- Les pesées ou, à défaut, la méthode d'estimation retenue et ses hypothèses.
- Le plan de tri, les supports de signalétique et la trace des sessions de sensibilisation.
- Pour le compostage de site : le suivi des apports, des brassages et des sorties de compost.
Le détail de chaque pièce et sa durée de conservation figurent dans notre article sur la traçabilité des biodéchets et ses justificatifs. Chez Easy to Compost, ce dossier est produit par le service lui-même : le reporting fait partie de l'abonnement, comme le décrit la page comment ça marche.
La checklist de mise en conformité
Voici l'ordre dans lequel nous faisons avancer un site, du premier chiffrage à la première preuve archivée. Compter 4 à 8 semaines pour un site unique.
- Chiffrer le gisement avec les ratios ADEME, secteur par secteur et bâtiment par bâtiment, avant toute consultation de prestataire.
- Choisir la voie : valorisation sur place sous 3 000 kg par an et avec du foncier, collecte séparée sinon, mixte si le gisement est saisonnier.
- Cartographier les points de production : cuisine, coin café, salle de pause, quai de réception, espaces verts. Un point de tri oublié suffit à polluer le flux.
- Équiper et signaler : bioseaux aux points de production, signalétique lisible, consigne unique et écrite sur ce qui entre et ce qui n'entre pas.
- Former les équipes, y compris les prestataires de nettoyage et de restauration, qui manipulent les bacs tous les jours. Embarquer les équipes est ce qui fait tenir un tri dans la durée.
- Ouvrir le registre dès le premier apport et y consigner quantités, dates et destinations.
- Archiver les preuves chaque trimestre, dans un dossier unique accessible au responsable QSE.
- Revoir le dimensionnement après 6 mois : sur les sites que nous suivons, le gisement réel s'écarte couramment du ratio théorique de 20 à 30 %, dans un sens comme dans l'autre.
Un déroulé plus détaillé, étape par étape, se trouve dans notre guide pour démarrer le compostage en entreprise.
Ce que coûte la conformité
Le coût dépend de la voie retenue. En compostage de site, notre offre repose sur la location : 79 € HT par mois pour un composteur ABC livré, avec la matière sèche, la maintenance, la sensibilisation des équipes ; le reporting vient avec l’option collecte, soit 948 € HT sur une année. Le composteur est en acier de 2 mm, d'une capacité de 450 litres, conçu et fabriqué dans notre atelier picard. Son brassage est mécanique et actionné à la main : pas d'électricité, pas d'arrivée d'eau, pas d'évacuation, pas de génie civil. Il n'y a pas de vente, uniquement la location, avec un engagement de 48 mois. Le détail figure sur la page le composteur seul.
La collecte est une option facturée 10 € HT par mois et par passage annuel, de 1 à 12 collectes par an. Un site qui retient 4 passages annuels paie donc 40 € HT par mois en plus de son composteur, soit 119 € HT mensuels tout compris. Pour un espace extérieur planté, le jardin composteur, jardinière circulaire de 2 000 litres, est proposé à 129 € HT par mois. La comparaison avec les prix de marché de la collecte figure dans notre article sur le coût d'une collecte de biodéchets en entreprise.
Nous intervenons sur toute la France métropolitaine hors Corse, avec 12 interlocuteurs régionaux et plus de 500 sites équipés ; la carte est sur la page nos implantations. En Europe, nous déployons le matériel mais sans la collecte. Pour voir ce que donne un déploiement multi-sites réel, l'étude de cas Decathlon détaille l'organisation retenue sur un réseau national.
Questions fréquentes
Existe-t-il encore un seuil de tonnage pour le tri des biodéchets ?
Non. Le dernier palier, fixé à 5 tonnes par an, a disparu au 1er janvier 2024. Depuis cette date, l'article L. 541-21-1 du Code de l'environnement s'applique à tous les producteurs et détenteurs de biodéchets, quelle que soit la quantité produite.
Suis-je obligé de composter sur place ?
Non. La loi impose le tri à la source et la valorisation, pas une technique particulière. Le compostage sur site et la collecte séparée sont deux façons également valables de répondre à l'obligation. Le choix se fait sur le gisement, le foncier disponible et le coût.
Quelle amende en cas de non-respect ?
Trois régimes coexistent : une contravention de 4e classe de 750 € pour une personne physique, portés à 3 750 € pour une entreprise (article 131-41 du code pénal) au titre de l'article R. 541-78, une amende administrative pouvant atteindre 150 000 € au titre de l'article L. 541-3, et au pénal 150 000 € et 4 ans d'emprisonnement au titre de l'article L. 541-46, montants portés à ce niveau par la loi n° 2024-364 du 22 avril 2024.
Un composteur d'entreprise doit-il être déclaré en installation classée ?
La rubrique 2780 fixe son seuil de déclaration à 2 tonnes par jour de matière traitée. Un composteur de site qui absorbe 1 500 kg sur une année entière se situe très en dessous. En cas de doute, notamment si le site est déjà classé pour une autre activité, la DREAL est l'interlocuteur à solliciter.
Puis-je utiliser la collecte de ma collectivité ?
Cela dépend du règlement de collecte de votre intercommunalité. Les déchets des professionnels peuvent être pris en charge au titre des déchets assimilés, dans des limites de volume fixées localement et souvent contre une redevance spéciale. Ce n'est ni automatique ni gratuit, et il faut en conserver la trace écrite.
Que dois-je pouvoir présenter en cas de contrôle ?
Le contrat ou la convention décrivant le dispositif, les bons d'enlèvement ou attestations de valorisation datés, le registre chronologique des déchets, et la méthode d'estimation des quantités si vous ne pesez pas. Pour le compostage de site, le suivi des apports et des sorties de compost complète le dossier.
Par où commencer
La mise en conformité tient en trois gestes, et le premier prend deux minutes. Chiffrez votre gisement : c'est lui qui décide de la voie, du matériel et du budget, et c'est le premier chiffre que demandera n'importe quel prestataire. Notre devis en ligne calcule ce gisement à partir de votre secteur et de vos effectifs, puis affiche la solution correspondante et son prix, sans inscription.
Ensuite, tranchez entre valorisation sur place et collecte, en gardant les 3 000 kg par an comme ligne de partage. Enfin, ouvrez votre registre dès le premier apport : c'est la pièce qui manque le plus souvent aux dossiers que nous reprenons. Si votre situation sort des cas courants, multi-sites, cuisine centrale ou site déjà classé, la FAQ traite les questions les plus techniques, et les pages sectorielles bureaux et tertiaire ou hôtellerie et restauration donnent les repères propres à chaque activité.
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