Dark kitchen et cloud kitchen : dimensionner et chiffrer le tri des biodéchets
Le gisement d’une cuisine de livraison, les deux seuils qui décident du dispositif, la grille de prix et ce que la loi AGEC exige réellement.

Une dark kitchen produit environ 0,05 kg de biodéchets par commande, presque uniquement des déchets de préparation. En dessous d’environ 120 commandes par jour, un composteur sur site absorbe tout le gisement pour 89 à 199 € HT par mois. Entre 120 et 240 commandes par jour, il en faut deux. Au-delà, le compostage sur site n’est plus la bonne réponse : il faut une collecte dédiée.
L’obligation ne dépend pas de la taille : tri à la source pour tous les producteurs depuis le 1er janvier 2024, article L. 541-21-1 du Code de l’environnement, sans seuil de tonnage.
Le gisement se calcule : commandes par jour, fois jours d’exploitation, fois 0,05 kg, dont 70 % captés.
Deux seuils tranchent : 1 500 kg par an et par composteur, 3 000 kg au total.
Ce qu’une cuisine sans salle change au gisement
La dark kitchen est née avec les plateformes de livraison : pas de salle, pas de clientèle sur place. Elle prend trois formes : la mono-marque, la cloud kitchen qui fait tourner cinq à quinze enseignes sur la même ligne, et la cuisine hybride d’un restaurant qui ajoute de la livraison.
Ce qui compte pour les biodéchets n’est pas le nombre de marques, c’est l’absence de retour d’assiette : en salle, une part importante du gisement vient de ce que le client laisse, alors qu’en livraison ce flux part avec la commande. Restent les épluchures, parures et chutes de découpe, plus les préparations d’avance non écoulées. Le gisement est donc plus faible par repas, mais plus facile à capter puisqu’il naît au poste de production.
La contrepartie est propre à la livraison, où ce flux végétal côtoie en permanence barquettes, film étirable et sachets. C’est par là que le tri se dégrade, et c’est le premier point à traiter à l’affichage, avec la liste de ce qui entre dans un composteur professionnel. Les chaînes de restauration rapide rencontrent le même écueil.
Combien de biodéchets produit une dark kitchen
Le devis en ligne retient 0,05 kg de biodéchets par couvert en restauration rapide et ne compte que 70 % du gisement théorique comme réellement capté : tri imparfait, jours creux, commandes annulées. La dark kitchen se situe dans cette borne basse.
- Commandes servies un jour normal 100
- Jours d’exploitation par an 330
- Commandes sur l’année 33 000
- Ratio retenu, borne basse de la restauration rapide 0,05 kg par commande
- Gisement théorique 1 650 kg
- Part réellement captée 70 %
Gisement annuel capté1 155 kg
| Profil | Commandes par jour | Jours par an | Gisement capté | Réponse | Mensualité HT |
|---|---|---|---|---|---|
| Dark kitchen mono-marque qui démarre | 60 | 300 | 630 kg | 1 composteur, 4 passages de collecte | 119 € |
| Dark kitchen mono-marque établie | 100 | 330 | 1 155 kg | 1 composteur, 12 passages | 199 € |
| Cloud kitchen, 3 marques | 200 | 350 | 2 450 kg | 2 composteurs, 12 passages | 398 € |
| Cloud kitchen, 6 marques et plus | 400 | 350 | 4 900 kg | Hors périmètre du compostage sur site | Sans objet |
Ces estimations remplacent une intuition, pas une pesée : deux semaines de relevés, seau pesé en fin de service, valent mieux que n’importe quel ratio (la méthode de calcul du gisement).
Le seuil qui décide : 1 500 et 3 000 kg par an
Un composteur ABC de 450 L absorbe jusqu’à 1 500 kg de biodéchets par an ; au-delà, on en ajoute un second ; au-delà de 3 000 kg par an, le compostage sur site n’est plus la bonne réponse. La limite n’est pas commerciale mais biologique : la matière doit séjourner plusieurs mois pour se stabiliser, et un composteur suralimenté ne composte plus, il stocke. Sur 350 jours d’exploitation, cela donne deux repères : environ 120 commandes par jour pour rester sur un composteur, environ 240 pour rester dans le périmètre du compostage sur site, soit 89 à 199 € HT par mois avec un composteur et 178 à 398 € avec deux. Au-dessus, la voie conforme est une collecte dédiée vers une plateforme ou un méthaniseur.
Ce que coûte le dispositif, ligne par ligne
Le composteur installé coûte 79 € HT par mois : cylindre en acier de 2 mm conçue et fabriquée dans notre atelier picard, installation, formation des équipes, matière sèche livrée toute l’année, maintenance et kit de sensibilisation. Il n’y a pas d’achat, uniquement la location, sur un engagement de 48 mois (comment ça marche). La collecte est une option, facturée 10 € HT par mois et par passage annuel, pour chaque composteur, de 1 à 12 passages ; c’est avec elle que viennent l’enlèvement, l’épandage local, le reporting et le justificatif de valorisation. Le nombre de passages ne se choisit pas : il découle du gisement, première ligne de la grille dont le seuil couvre votre volume.
| Gisement annuel jusqu’à | Passages inclus | Mensualité HT |
|---|---|---|
| 250 kg | 1 | 89 € |
| 450 kg | 2 | 99 € |
| 625 kg | 3 | 109 € |
| 750 kg | 4 | 119 € |
| 875 kg | 6 | 139 € |
| 1 125 kg | 9 | 169 € |
| 1 500 kg | 12 | 199 € |
Avec deux composteurs, tout double, loyer comme collecte : une cuisine à 2 450 kg par an relève de 12 passages, soit 158 € de loyer et 240 € de collecte, 398 € HT par mois.
Faut-il la collecte ? Le composteur seul suppose de savoir quoi faire du compost mûr, or une dark kitchen en back-store n’a ni jardin ni massif. Pour elle, le composteur avec sa collecte n’est pas un confort, c’est la sortie de la matière, et à 12 passages par an au lieu de 52 tournées, la comparaison avec une collecte hebdomadaire penche nettement.
Faire entrer un composteur dans un back-store
La vraie contrainte d’une dark kitchen n’est pas la surface, c’est l’interdiction de faire des travaux : ces cuisines occupent des locaux loués où percer une dalle ou toucher au tableau électrique suppose l’accord du bailleur.
Le composteur ABC ne se branche pas. Aucune électricité, aucune arrivée d’eau, aucune évacuation, aucun génie civil : il se pose sur une surface plane et stable, et son brassage mécanique est actionné à la main. C’est la différence pratique avec les composteurs électromécaniques et déshydrateurs électriques, qui réclament une ligne dédiée et parfois une évacuation, donc un chantier que le bail interdit souvent.
Le critère décisif n’est pas le nombre de mètres carrés mais la longueur du trajet entre le poste de production et le composteur, seau plein, à l’heure de service. Ces cuisines n’ayant aucun déchet vert, la matière sèche qui structure le compost est livrée avec l’abonnement ; sans elle, le compost se tasse, sent et attire, deux sujets traités dans nos ressources sur le compostage sans odeur ni nuisible et sur les composteurs anti-rongeurs.
Plusieurs marques, une seule cuisine : qui trie, qui paie
Le cas multi-marques recouvre deux situations juridiquement différentes. Dans la première, un exploitant unique fait tourner plusieurs enseignes virtuelles : une seule entité, donc un seul producteur au sens de l’article L. 541-21-1, un seul contrat, un seul composteur. Le tri se fait au poste de production et non par marque, puisque la ligne ignore pour quelle enseigne le plat partira.
Dans la seconde, un opérateur de site loue des stations à plusieurs sociétés : chacune reste productrice de ses propres biodéchets et sera contrôlée comme telle. Le moyen se mutualise, l’obligation ne se délègue pas. Le montage qui tient est celui décrit pour le tri des biodéchets en food-court : un composteur commun porté par l’opérateur, une clause de tri écrite au règlement intérieur annexé au contrat d’occupation, et le reporting remis à chaque occupant pour ses justificatifs de traçabilité. Dans les deux cas le turnover est élevé : la consigne s’affiche au poste, en pictogrammes, et se reprend à chaque arrivée (embarquer ses équipes).
Ce que la loi exige, et ce qu’elle n’exige pas
Depuis le 1er janvier 2024, le tri à la source des biodéchets s’impose à tous les producteurs sans seuil de tonnage : article L. 541-21-1 du Code de l’environnement, issu de la loi 2020-105 du 10 février 2020, dite AGEC. Le biodéchet est défini à l’article L. 541-1-1. Le dernier palier, fixé à 5 tonnes par an et applicable la seule année 2023, a disparu à cette date : une dark kitchen de 40 commandes par jour est tenue comme une cantine de 1 000 couverts (guide de la loi AGEC).
Trois sanctions coexistent. La contravention de 4e classe prévue à l’article R. 541-78 vaut 750 € pour une personne physique, portés à 3 750 € pour une entreprise (article 131-41 du code pénal). L’article L. 541-3 permet au maire ou au président de l’intercommunalité de prononcer, après mise en demeure restée sans effet, une amende administrative pouvant atteindre 150 000 €. Au pénal, l’article L. 541-46 prévoit jusqu’à 150 000 € d’amende et 4 ans d’emprisonnement, peines portées à ce niveau par la loi 2024-364 (les sanctions de la loi AGEC).
La loi n’impose nulle part de composter sur site : elle impose de trier et de justifier le devenir de la matière. Composter sur place ou faire collecter sont deux voies conformes ; la benne d’ordures ménagères ne l’est pas. Composter quelques kilos par jour ne relève pas des installations classées : la rubrique 2780 de la nomenclature ICPE ne déclenche une déclaration qu’à partir de 2 tonnes de matière traitée par jour.
La checklist avant de signer
- Peser le flux végétal de préparation pendant deux semaines pleines, jours creux compris.
- Situer ce chiffre par rapport aux seuils de 1 500 et 3 000 kg avant toute autre décision.
- Repérer l’emplacement avant le matériel : plan, stable, à l’air libre, accessible sans marche.
- Parcourir le trajet réel depuis le poste le plus éloigné, à l’heure du pic, seau plein.
- Faire écrire par le bailleur qu’un équipement sans raccordement ni fondation ne demande pas d’autorisation de travaux.
- Traiter le risque emballages en premier : consigne en pictogrammes au poste, pas au composteur.
- Si le site abrite plusieurs sociétés, écrire la clause de tri au règlement intérieur et fixer la clé de répartition.
- Archiver chaque mois le reporting avec les justificatifs de traçabilité.
Questions fréquentes
Une dark kitchen est-elle vraiment concernée par l’obligation de tri ?
Oui, sans condition de taille. Depuis le 1er janvier 2024, l’article L. 541-21-1 du Code de l’environnement impose le tri à la source à tous les producteurs, sans seuil de tonnage. Une cuisine qui sert 40 commandes par jour est tenue comme une cantine de 1 000 couverts.
Le composteur a-t-il besoin d’électricité ou d’une arrivée d’eau ?
Non. Le composteur ABC ne se branche pas : aucune électricité, aucune arrivée d’eau, aucune évacuation, aucun génie civil. Il se pose sur une surface plane et stable et son brassage est actionné à la main, ce qui supprime toute demande de travaux au bailleur.
Que faire si la cuisine dépasse 3 000 kg de biodéchets par an ?
Le compostage sur site n’est plus la bonne réponse : un composteur absorbe jusqu’à 1 500 kg par an, deux jusqu’à 3 000 kg, et au-delà la cheminée d’aération stockerait au lieu de composter. Il faut alors une collecte dédiée vers une plateforme, tout aussi conforme.
Peut-on mutualiser un composteur entre plusieurs marques ou plusieurs exploitants ?
Oui pour le moyen, non pour l’obligation. Un exploitant unique qui fait tourner cinq marques n’a qu’un producteur et qu’un contrat. Si le site héberge plusieurs sociétés, chacune reste productrice : le composteur se partage, mais la clause de tri doit figurer au règlement intérieur.
Combien coûte le dispositif pour une dark kitchen ?
89 à 199 € HT par mois pour un composteur, 178 à 398 € HT pour deux. Le composteur installé coûte 79 € HT par mois, matière sèche, maintenance, formation en visio et kit de sensibilisation compris. Le reporting vient avec l’option collecte, facturée 10 € HT par mois et par passage annuel, pour chaque composteur. Il n’y a pas d’achat, uniquement la location, sur 48 mois.
Par où commencer
Prenez d’abord la mesure : deux semaines de pesée suffisent à savoir de quel côté des seuils vous êtes, et cette donnée vaut pour la conformité comme pour le budget. Si vous ne l’avez pas, le devis en ligne l’estime à partir de vos commandes et de vos jours d’ouverture, applique la grille ci-dessus et affiche la mensualité, sans inscription.
Au-delà de 3 000 kg par an, orientez-vous vers une collecte dédiée. En dessous, la question suivante est l’emplacement, que nos équipes traitent site par site depuis nos 12 régions (nos implantations). Les cuisines adossées à un hôtel relèvent des mêmes logiques que le secteur hôtellerie et restauration.
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