Tri sélectif en entreprise : quelles poubelles, quels bacs, et où mettre les biodéchets
Sept flux à séparer, un bac à biodéchets qui ne doit ni sentir ni attirer, et des équipes qui trient en trois secondes ou pas du tout. Le guide des contenants, avec les volumes et les fréquences.

Le tri sélectif en entreprise : ce que la loi demande, en deux minutes
Le tri sélectif en entreprise n’est pas une démarche volontaire : c’est une obligation qui porte sur sept flux. Le décret dit « 5 flux » de 2016 imposait de séparer le papier-carton, le métal, le plastique, le verre et le bois. La loi AGEC y a ajouté les textiles et le plâtre, et, surtout, elle a généralisé le tri à la source des biodéchets à tous les producteurs, sans seuil, depuis le 1er janvier 2024. Une entreprise doit donc pouvoir montrer qu’elle sépare chacun de ces flux au point où le déchet est produit, et qu’il part ensuite vers une filière de valorisation identifiée.
Ce guide ne refait pas l’analyse juridique, qui se trouve dans le guide de la loi AGEC pour les biodéchets et dans la réglementation de l’obligation de tri. Il s’occupe de la question qui suit immédiatement, et que personne ne pose au juriste : quelles poubelles, quels bacs, de quelle taille, à quel endroit, et qui les vide. C’est là que les démarches de tri réussissent ou échouent, parce qu’un contenant mal placé ou trop grand transforme une obligation légale en nuisance quotidienne.
Un dispositif de tri en entreprise tient en trois niveaux de contenants : la poubelle de tri au poste, le bac de regroupement, et le point d’enlèvement ou de traitement. Les biodéchets sont le seul flux qui impose une contrainte de temps entre les trois : la matière fermente. Tout le dimensionnement en découle.
Poubelle, bac, point d’enlèvement : les trois niveaux d’un tri qui tient
Le premier niveau est la poubelle de tri, celle que voit l’employé. Elle doit être à moins de dix pas du geste, sinon le déchet finit dans la corbeille la plus proche. En bureaux, cela veut dire une station de tri par plateau ou par espace de pause, avec une entrée par flux, et la suppression des corbeilles individuelles sous les bureaux, qui sont le premier ennemi du tri sélectif. En cuisine, cela veut dire un contenant par poste, préparation, plonge, retour de plateaux, pas un point de tri unique au fond du local.
Le deuxième niveau est le bac de regroupement, celui que manipule l’équipe de nettoyage ou de plonge. Il reçoit le contenu des poubelles de tri d’un même flux et attend l’enlèvement dans un local dédié. C’est lui qui doit être dimensionné à la fréquence de vidage, et c’est lui qui pose problème pour les biodéchets, parce qu’un bac de 120 litres de restes alimentaires qui attend une semaine dans un local tiède est exactement ce que la loi voulait faire disparaître.
Le troisième niveau est le point d’enlèvement ou de traitement. Pour le carton, le verre ou le plastique, c’est le quai où le prestataire multi-flux passe. Pour les biodéchets, deux voies existent : le camion d’un collecteur de biodéchets, ou un composteur sur site qui absorbe le contenu des bacs au fur et à mesure et supprime le stockage. Le choix entre les deux se fait sur le gisement annuel et sur la place, pas sur une préférence.
Le bac à biodéchets en entreprise : volume, matière, couvercle, lavage
Un bac à biodéchets d’entreprise n’est pas une poubelle ordinaire peinte en marron. Quatre caractéristiques le distinguent. Le volume, d’abord. Au poste, un bioseau de 7 à 10 litres suffit : il se vide chaque jour, se rince, et ne pèse rien plein. Au regroupement, un bac de 60 à 120 litres couvre une cuisine de restauration ou un site tertiaire de plusieurs centaines de personnes ; le 240 litres, standard des collectes municipales, n’a de sens que pour une cuisine centrale ou un commerce alimentaire à fort volume, parce qu’à 0,4 à 0,6 kg par litre, il pèse plus de cent kilos plein.
La matière, ensuite. Polyéthylène haute densité, paroi lisse, sans angle vif intérieur, pour que rien n’accroche au lavage. Les bacs en inox se voient en cuisine de collectivité, où le protocole HACCP l’impose parfois, mais ils sont lourds et chers pour un bureau. Le couvercle est le point qui décide de tout : à pédale au poste, à charnière verrouillable au regroupement, toujours fermé. Un bac à biodéchets ouvert attire les mouches en été et les rongeurs en toutes saisons ; c’est lui, et non le compost, qui donne sa mauvaise réputation au tri des déchets alimentaires. Le lavage, enfin. Un bioseau se rince à chaque vidage ; un bac de regroupement se lave à chaque enlèvement, ce qui suppose une arrivée d’eau et une évacuation au siphon dans le local, ou un prestataire qui échange les bacs sales contre des propres.
| Site | Gisement indicatif | Au poste | Au regroupement | Vidage du regroupement |
|---|---|---|---|---|
| Bureaux, 100 personnes, coin café | 300 à 400 kg par an | 1 bioseau de 10 L par tisanerie | 1 bac de 60 L | Hebdomadaire, ou au fil de l’eau dans un composteur |
| Restaurant, 60 couverts par jour | 1 200 à 1 400 kg par an | 2 à 3 bioseaux de 10 L (préparation, plonge) | 1 à 2 bacs de 120 L | 2 à 3 fois par semaine en collecte, quotidien dans un composteur |
| Commerce alimentaire de proximité | 500 à 1 500 kg par an | 1 bioseau par rayon frais | 1 bac de 120 L | Hebdomadaire, ou quotidien dans un composteur |
| Cantine, 400 repas par jour | 4 à 6 tonnes par an | Bacs de 60 L en préparation et au retour de plateaux | 2 à 4 bacs de 240 L | 2 à 3 fois par semaine, en collecte séparée |
Ces ordres de grandeur viennent des ratios ADEME et de nos sites équipés ; la méthode de calcul du gisement les détaille et le guide de dimensionnement les traduit en nombre de composteurs. La dernière ligne du tableau dit une chose importante : au-delà de trois tonnes par an, le compostage sur site n’est plus la bonne réponse, et c’est bien la collecte séparée qu’il faut dimensionner.
Les autres flux : quelle poubelle de tri pour quel déchet
Les six autres flux obligatoires posent des questions de place plus que de technique, parce qu’ils ne fermentent pas. Le tableau ci-dessous donne, pour chacun, le contenant au poste, le contenant de regroupement et le piège le plus fréquent. Un prestataire multi-flux fournit en général les bacs de regroupement dans son contrat ; les poubelles de tri au poste restent à la charge de l’entreprise, et c’est là que se joue la qualité du tri.
| Flux | Au poste | Au regroupement | Le piège |
|---|---|---|---|
| Papier et carton | Corbeille bleue au bureau, bac carton en réserve | Bac 660 L ou presse à balles | Les cartons non pliés remplissent le local en deux jours |
| Plastique et métal | Poubelle de tri jaune en salle de pause | Bac 240 à 660 L | Les gobelets souillés de café contaminent le flux |
| Verre | Bac vert en cuisine ou en cafétéria | Bac 120 à 240 L renforcé | Le poids : un 240 L plein dépasse 100 kg |
| Bois | Palettes et caisses, en zone de livraison | Benne ou reprise par le fournisseur | Les palettes consignées jetées avec les perdues |
| Textiles | Bac dédié pour vêtements de travail et linge | Collecte par un éco-organisme | Les textiles souillés de produits chimiques |
| Plâtre | Chantiers et travaux seulement | Benne dédiée | Mélangé aux gravats, il n’est plus valorisable |
| Biodéchets | Bioseau 7 à 10 L, fermé | Bac 60 à 240 L ou composteur sur site | Le temps d’attente avant enlèvement |
Une remarque sur les poubelles de tri elles-mêmes. Le marché en propose de tous les styles, du carton pliable à quinze euros au mobilier design à plusieurs centaines. Ce qui fait la différence n’est pas l’esthétique mais trois détails : une ouverture de forme différente par flux, qui guide le geste sans lire ; une consigne illustrée collée dessus, avec des exemples de ce qui entre et de ce qui n’entre pas ; et un code couleur constant dans tout le bâtiment. Une entreprise qui change de couleur entre le troisième et le quatrième étage perd son tri.
Cuisines, salles de pause, réserves : où placer les contenants
En salle de pause, la station de tri remplace les poubelles individuelles. Elle se place sur le passage vers la machine à café, jamais dans un angle : les gens trient ce qu’ils ont sous les yeux. Le bioseau se pose sur le plan de travail ou au sol sous l’évier, avec sa consigne au mur, et il se vide chaque soir par l’équipe de nettoyage, dans le bac de regroupement ou directement dans le composteur. Sur nos sites tertiaires, cette routine de fin de journée est le seul geste ajouté au contrat de nettoyage, et c’est celui qui conditionne l’absence d’odeur.
En cuisine, la logique est celle du poste : un contenant à la préparation pour les épluchures, un à la plonge pour les retours d’assiettes, un au retour de plateaux en restauration collective. Les bioseaux passent au lave-vaisselle ou au bac de plonge en fin de service. Le local de regroupement doit être frais, ventilé, lavable, avec un siphon au sol ; s’il ne l’est pas, la solution n’est pas d’y installer plus de bacs mais de réduire le temps d’attente, en augmentant la fréquence de collecte ou en traitant sur place.
En réserve ou en arrière-boutique, pour un commerce, la contrainte est la surface. Un bac de 120 litres occupe un demi-mètre carré, un composteur ABC l’emprise d’une palette, 800 par 1 200 millimètres ; le guide du tri en supermarché et commerce détaille les configurations par format de magasin. Dans tous les cas, la signalétique compte autant que les contenants : une consigne au bon endroit vaut une formation.
Après le bac : collecte séparée ou composteur sur site
Le bac à biodéchets ne règle rien à lui seul : il faut décider ce qu’il devient. La collecte séparée est la réponse naturelle quand le gisement dépasse trois tonnes par an, quand la cuisine est en sous-sol sans accès extérieur, ou quand la collectivité propose déjà un service aux professionnels. Son coût dépend de la fréquence, et la fréquence dépend du temps que la matière peut attendre, rarement plus de trois ou quatre jours en été ; le comparatif hebdo contre basse fréquence chiffre ce que cela représente sur un an.
Le composteur sur site change la nature du bac de regroupement : il n’attend plus, il traite. Les bioseaux se vident chaque jour dans un composteur fermé, en acier, placé en zone de service ; la matière y est aérée et brassée, réduite de volume, et n’en ressort que sous forme de compost mûr, quelques fois par an, enlevé par un collecteur local ou utilisé sur place dans les espaces verts. Le local de regroupement n’a plus besoin d’être réfrigéré ni lavé, et le bac de 120 litres disparaît. Pour un site qui produit moins de 1 500 kg par an, c’est en général la solution la moins chère et la plus simple à faire tenir dans le temps. Pour comparer avec vos chiffres, le devis en ligne part de votre effectif ou de vos couverts.
La checklist des contenants avant de lancer le tri
- Les sept flux sont identifiés, avec pour chacun un contenant au poste et un au regroupement.
- Les corbeilles individuelles ont disparu des bureaux, remplacées par une station de tri par plateau.
- Chaque contenant porte sa consigne illustrée, et le code couleur est le même dans tout le bâtiment.
- Le bioseau se vide chaque jour, et quelqu’un est nommé pour le faire, dans l’équipe ou dans le contrat de nettoyage.
- Le bac à biodéchets de regroupement est fermé, lavable, et n’attend jamais plus de quatre jours.
- La destination des biodéchets est choisie, collecte séparée ou composteur sur site, avec le justificatif de valorisation prévu.
- Le registre des déchets est ouvert dès le premier enlèvement, flux par flux, avec quantités et destination.
- Les équipes ont été formées, prestataires de nettoyage et de restauration compris.
Le cinquième point est celui qui fait échouer la moitié des démarches. Un bac qui attend trop devient une source d’odeurs, l’équipe cesse d’y mettre les biodéchets, et le tri s’arrête sans que personne ne l’ait décidé. Le sixième vaut pour le jour du contrôle : ce que doit contenir le dossier de traçabilité commence par une preuve de filière.
Questions fréquentes
Quelles poubelles de tri une entreprise doit-elle avoir ?
Une entrée par flux obligatoire au point de production : papier-carton, plastique et métal, verre, biodéchets, et selon l’activité bois, textiles et plâtre. En pratique, une station de tri par plateau de bureaux ou par salle de pause, et un contenant par poste en cuisine, avec une consigne illustrée sur chaque contenant.
Quel volume pour un bac à biodéchets en entreprise ?
Au poste, un bioseau de 7 à 10 litres, vidé chaque jour. Au regroupement, 60 litres pour un site tertiaire, 120 litres pour un restaurant ou un commerce alimentaire, 240 litres seulement pour les cuisines à fort volume. À 0,5 kg par litre, un bac de 240 litres plein dépasse 100 kg.
Le tri sélectif est-il obligatoire dans une entreprise de moins de 20 salariés ?
Oui pour les biodéchets, sans aucun seuil depuis le 1er janvier 2024. Pour les autres flux, l’obligation vise tout producteur qui ne fait pas collecter ses déchets par le service public ou qui produit plus de 1 100 litres de déchets par semaine, ce qui couvre la quasi-totalité des entreprises.
Faut-il des sacs compostables dans le bac à biodéchets ?
Ce n’est pas obligatoire et c’est souvent déconseillé : beaucoup de collecteurs et tous les composteurs sur site les refusent, parce qu’ils se dégradent trop lentement. Un bioseau lavé chaque jour n’a pas besoin de sac. Si un sac est indispensable, il doit être certifié compostable en compostage domestique et accepté par la filière de destination.
Comment éviter les odeurs d’un bac à biodéchets ?
Trois règles : un couvercle toujours fermé, un vidage quotidien du bioseau, et un temps d’attente du bac de regroupement inférieur à quatre jours. Un composteur sur site supprime le problème à la racine, parce que la matière est aérée et traitée au fur et à mesure au lieu d’attendre un camion.
Qui fournit les bacs de tri en entreprise ?
Le prestataire de collecte fournit en général les bacs de regroupement de ses flux. Les poubelles de tri au poste sont à la charge de l’entreprise. Pour les biodéchets, nos bioseaux, les consignes de tri et la signalétique sont compris dans la location du composteur.
Par où commencer
Comptez vos points de production avant de commander un seul contenant : le nombre de salles de pause, de postes de cuisine, de rayons frais. C’est ce chiffre qui donne le nombre de poubelles de tri, et non la surface du bâtiment. Puis estimez le gisement de biodéchets avec la méthode de calcul : en dessous de 1 500 kg par an, un composteur sur site remplace le bac de regroupement et le contrat de collecte hebdomadaire.
Pour aller directement au chiffre, le devis en ligne demande votre effectif ou vos couverts et donne la mensualité, bioseaux et signalétique compris. Et si la question est d’abord d’embarquer les équipes, la méthode pour faire adopter le tri commence par les contenants.
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